Le Roquestor, le magazine du village de Roquetoire

Bernard HINAULT à Roquetoire

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Que se passe-t-il en ce lundi de novembre en bas de la Creuse Duhamel ? Un pâle soleil d'automne donne à la cour de la fermette de Monsieur Lambert Hermant un petit air de résidence de vacances.

Dans cette cour, un petit groupe devise tranquillement autour d'une calèche. Un homme de petite taille, au visage émacié et souriant, semble faire l'objet de toutes les attentions. Cet homme n'est autre que le quintuple vainqueur du Tour de France, Bernard Hinault en chair et en os.

 

Il est le troisième coureur à avoir remporté à cinq reprises le Tour de France, après Jacques Anquetil et Eddy Merckx. En huit participations, il y gagne 28 étapes. Il compte également à son palmarès, un titre de champion du monde, trois Tours d'Italie et deux Tours d'Espagne. Surnommé « le Blaireau », il a dominé le sport cycliste entre 1978 et 1986, remportant 216 victoires dont 144 hors critériums. Depuis sa cinquième victoire en 1985, aucun coureur français n'a remporté le Tour de France.

 

Le plus beau palmarès de l'histoire du cyclisme (derrière Eddy Merckx) prend sa première licence à l'Amicale Cyclotourisme Briochine (ACB) de Saint-Brieuc. Le 19 septembre 1971, Bernard Hinault remporte sa première course à Planguenoual, près de chez lui dans les Côtes-d'Armor.

En 1972, il se fait connaître des suiveurs par un succès important chez les juniors, au « Premier Pas Dunlop ». La même année, il est champion de Bretagne dans cette catégorie et remporte son premier titre national à Arras, en attaquant à 80 km de l'arrivée.

En 1973, il effectue son service national dans les chars à Sissonne au 21e régiment d'infanterie de marine (RIMA). Dès son retour en 1974, il est Champion de France amateur de poursuite et remporte une étape de la Route de France, où il attaque à 100 km du but et parvient à conserver une seconde sur la ligne d'arrivée.

Il devient coureur professionnel sur route en fin d'année sous la direction de Jean Stablinski, ancien lieutenant de Jacques Anquetil (un modèle pour Hinault). En tant qu'amateur il remporte 36 victoires, de 1971 à 1974

La première saison d'Hinault en 1975 est marquée par une victoire au Circuit de la Sarthe, un titre de champion de France de poursuite (il récidivera en 1976), une 7e place dans Paris-Nice, ou encore ses provocantes attaques, au nez et à la barbe d'Eddy Merckx, dans un critérium d'après-Tour.

Mais, très rapidement, ses relations se tendent avec Jean Stablinski, qui lui propose un programme de courses trop important pour son jeune âge. Séparé de ce dernier, il court ensuite dans l'équipe Renault-Gitane dirigée par un jeune coureur cycliste retraité des pelotons Cyrille Guimard (héros malheureux du Tour 72). Le duo, sans qu'il en ait conscience dans l'immédiat (même si Guimard a remarqué le potentiel de Hinault), va remporter la plupart des courses prestigieuses du calendrier international jusqu'en 1983.

Après de beaux succès en France en 1976, notamment Paris-Camembert, Bernard Hinault gagne Gand-Wevelgem et Liège-Bastogne-Liège en 1977 devant les Belges et un Eddy Merckx vieillissant, puis, il remporte le Dauphiné libéré devant Bernard Thévenet, malgré une chute dans le ravin du col de Porte lors de l'étape menant à la Bastille. Il gagne également le premier de ses cinq Grand prix des Nations devant Joop Zoetemelk en fin de saison. Il ne fait pas le Tour de France cette année-là, Guimard le préservant pour l'avenir.

En 1978, il remporte le Tour d'Espagne et grimpe les cols du Tour de France avec son maillot de champion de France sur route conquis à Sarrebourg. Il s'empare de son premier maillot jaune en fin de Tour lors de l'étape contre la montre Metz-Nancy où il repousse Zoetemelk (alors premier au général depuis l'exclusion de Michel Pollentier) à 4'10". Comme Jacques Anquetil, Felice Gimondi et Eddy Merckx avant lui, Hinault gagne le Tour de France lors de sa première participation. Il n'a que 23 ans. Bernard Hinault est, avec Anquetil (en 1963), l'un des rares coureurs à avoir remporté la Vuelta et le Tour de France la même année.

Jusqu'en 1982, à l'exception de Joop Zoetemelk, il ne rencontre que peu d'opposition dans la Grande Boucle. En plus du classement général, il remporte 7 étapes du Tour de France et le maillot vert en 1979, ou encore 5 étapes en 1981, reléguant son second Lucien Van Impe à près d'un quart d'heure. L'année suivante, son quatrième succès sur le Tour est conclu par une victoire au sprint sur les Champs Élysées. En1980, alors qu'il se dirige vers une 3e victoire d'affilée, une tendinite au genou le contraint à l'abandon à Pau.

Cette même année, il gagne son premier Tour d'Italie, notamment grâce à une échappée dans le col du Stelvio avec son coéquipier Jean-René Bernaudeau. Enfin, un mois après son retrait de la Grande Boucle sur blessure, il prend une éclatante revanche en devenant champion du monde devant son public à Sallanches. Il distance, lors du dernier tour de circuit, l'Italien Gianbattista Baronchelli dans la côte de Domancy.

Dans les classiques, Bernard Hinault est l'auteur de quelques exploits. En 1980, il remporte Liège-Bastogne-Liège sous la neige avec près de 10 minutes d'avance sur Hennie Kuiper. Il gagne deux fois la Flèche Wallonne en 1979 (en devançant Giuseppe Saronni au sprint) puis en 1983. Il est vainqueur du Tour de Lombardie en 1979, après une échappée de 60 km sous la pluie en compagnie de l'Italien Silvano Contini. Il remporte aussi l'Amstel Gold Race en 1981 et enfin Paris-Roubaix la même année dans un sprint à six, et ce, malgré plusieurs chutes sur le parcours, dont une provoquée par un chien dans le secteur de Gruson. À l'arrivée, il déclara : « On ne m'enlèvera pas de l'idée que cette course, c'est une belle cochonnerie. »

En 1982, outre le Grand prix des Nations, il remporte son deuxième Tour d'Italie et quatre étapes dont celle montagneuse du Monte Campione. Dans le Tour de France, il repousse son dauphin Joop Zoetemelk à 6'21" au général et est lauréat de trois contre-la-montre et de l'étape au sprint des Champs Elysées. Il devient ainsi, dix-huit ans après Jacques Anquetil, le second Français à réaliser le doublé Giro-Tour. Enfin, il remporte in extremis une seconde Vuelta en 1983, en accomplissant un exploit lors de l'étape montagneuse d'Avila. Il relègue l'Espagnol Julián Gorospe leader de l'épreuve à ce moment-là, à plus de 20 minutes.

Souffrant du genou, il déclare forfait pour le Tour de France 1983. Il est opéré avec succès durant l'été, et quitte à la fin de saison l'équipe de Cyrille Guimard, alors que les relations entre les deux hommes étaient au plus bas. Il rejoint la nouvelle formation La Vie Claire, dirigée par Bernard Tapie qui veut utiliser son nom pour vendre ses produits sur les marchés d'Amérique du Nord, et en particulier la pédale Look. Son retour à la compétition, en ce début d'année 1984, est marqué par un podium à Paris-Nice et une victoire aux 4 Jours de Dunkerque. Mais dans le Tour (qu'il termine à la seconde place), il est largement dominé par Laurent Fignon notamment dans l'étape de l'Alpe d'Huez où il est distancé par ce dernier dès le début de l'ascension. En septembre-octobre, ayant retrouvé une grande partie de son potentiel, il remporte coup sur coup le Grand Prix des Nations, le Tour de Lombardie en solitaire après avoir distancé Adrie van der Poel dans le San Fermo et le Trophée Baracchi avec Francesco Moser.

En 1985, il réalise pour la seconde fois le doublé Giro-Tour. Il domine Francesco Moser dans le Tour d'Italie puis son coéquipier Américain Greg Lemond dans le Tour de France et ce, en dépit d'une chute sévère lors de l'arrivée d'étape à Saint-Étienne où il se fracture le nez et ce qui le handicape ensuite durant le franchissement des Pyrénées. Malgré la « promesse » faite à Lemond en fin de Tour de l'aider à remporter l'épreuve l'année suivante, Bernard Hinault se présente au départ de la Grande Boucle 1986, pour tenter de battre le record de victoires qu'il détient avec Jacques Anquetil et Eddy Merckx. Mais, après une longue échappée vers Pau avec Pedro Delgado qui lui donne plusieurs minutes d'avance au général sur ses principaux adversaires, il craque dans deux arrivées en altitude : le lendemain à Superbagnières après un numéro en solitaire dans le col du Tourmalet, puis dans l'étape alpestre menant au col du Granon où il perd le maillot jaune. Malgré une victoire de prestige à l'Alpe d'Huez où il arrive main dans la main avec son coéquipier Greg Lemond, il termine second à Paris, avec le maillot à pois, derrière l'Américain.

Il gagne en fin de saison la Coors Classic aux États-Unis devant Lemond et remporte sa dernière course à Angers le 19 septembre 1986. Il prend sa retraite sportive le dimanche 9 novembre 1986, lors d'un cyclo-cross organisé à Quessoy tout près d'Yffiniac.

Bernard Hinault a reçu la Légion d'honneur des mains de François Mitterrand le 21 janvier 1986.