Cérémonie du 8 mai

ImprimerEnvoyer

C’est important de raconter la guerre aux enfants.

1 – C’est important de raconter la guerre aux enfants d’abord pour leur rappeler que derrière chaque nom inscrit sur le monument aux morts il y a une histoire, une aventure humaine, une famille meurtrie.

2 – C’est important de raconter la guerre aux enfants ensuite pour leur dire que les deux guerres mondiales du XXème siècle n’étaient pas seulement des guerres contre les allemands. Aujourd’hui, nous sommes là pour célébrer l’Armistice de 1945. Et pour moi, le 8 mai, ce n’est pas une victoire contre les allemands. C’est une victoire contre les nazis et leurs sinistres alliés, le régime de Vichy, les fascistes italiens et japonais notamment. C’est aussi une victoire contre les idées des nazis, leurs idées de haine de l’étranger, de racisme, d’antisémitisme. C’est tout cela qu’on fête le 8 mai.

3 – C’est important de raconter la guerre aux enfants. Quand j’étais enfant, mes deux grands-pères me racontaient la Première Guerre Mondiale qu’ils avaient faite tous les deux. Ils étaient bien sûr trop âgés en 1940 lors de la campagne de France pour être mobilisés. Et mon père me racontait qu’un jour des sous-officiers de la Wehrmacht étaient venus à la ferme pour réquisitionner des chevaux. Et pour bien montrer qu’il n’avait pas peur d’eux, mon grand-père les avait reçus avec la croix de guerre agrafée à son revers, croix de guerre qu’il avait gagnée grâce à son comportement héroïque à Verdun. Et les soldats de la Wehrmacht l’avaient salué respectueusement parce qu’ils avaient reconnu en lui un survivant de la 1ère Guerre Mondiale.

Une autre anecdote me revient à l’esprit. Quand j’étais en CM2, mon instituteur vantait les mérites de la réconciliation franco-allemande. C’était les débuts de l’Europe, 15 ans après le 8 mai 1945. Et mon instituteur nous disait qu’on ne devait pas parler des boches parce que désormais les allemands étaient nos amis et nos alliés.

C’est important de raconter la guerre aux enfants parce que mes grands-pères et mon père me parlaient toujours de ces salauds de boches et ils s’offusquaient de voir de Gaulle fraterniser avec Adenauer.

Alors, qui de l’instituteur ou du père disait vrai ?

4 – C’est important de raconter la guerre aux enfants pour leur faire comprendre que la paix entre les peuples est notre priorité. Et désormais, le Président de la République – M. Sarkozy hier, M. Hollande demain – s’empressent de rencontrer Mme Merkel pour tenter de résoudre nos difficultés. Parce que notre avenir c’est la paix entre les peuples.

Mes chers enfants, vous savez tous faire la différence entre la 1ère Guerre Mondiale et la 2ème Guerre Mondiale.

La première commence en août 1914.

Savez-vous ce qui se produisit le 31 juillet 1914 ? Ce jour-là, on a assassiné Jean Jaurès, célèbre journaliste et homme politique qui militait pour la paix et voulait empêcher le déclenchement de ce conflit. Ce même jour est né un certain Raymond Samuel, plus connu sous le nom de Raymond Aubrac.

Un grand monsieur. Je veux vous en parler aujourd’hui car Raymond Aubrac nous a quittés le 10 avril 2012.

Raymond Aubrac était, avec sa femme Lucie, un héros de la Résistance. Ces héros de la Résistance que les nazis appelaient des terroristes.

A propos de l’appel du 18 juin 1940, il disait toujours que ce qui l’avait frappé c’était l’optimisme de ce message qui permettait de croire que tout est possible. Selon Raymond Aubrac, de Gaulle avait envoyé cet appel en plein milieu du chaos le plus grave que notre pays ait connu depuis très longtemps. Cet appel qui disait : « nous avons perdu une bataille mais nous n’avons pas perdu la guerre ». Cet appel qui disait : « nous avons encore une chance si nous combattons ».

Le 21 juin 1943, à Caluire, près de Lyon, la Gestapo de Klaus Barbie arrête Jean Moulin, chef du Conseil National de la Résistance, et 7 chefs de la zone sud, dont Raymond Aubrac. Jean Moulin mourra suite aux sévices infligés par les nazis.

Raymond Aubrac survivra. Il sera libéré grâce à une action commando conduite par sa femme Lucie. Un film de Claude Berri sorti en 1997 retrace cet épisode, avec Carole Bouquet dans le rôle de Lucie Aubrac.

A la Libération, il sera nommé commissaire de la République à Marseille puis responsable du déminage au Ministère de la Reconstruction.

Il servira aussi d’intermédiaire entre les américains et les vietnamiens pendant la guerre du Vietnam.

A l’occasion du soixantième anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944, il signera l’appel collectif de résistants de la première heure, texte qui invite « les jeunes générations à faire vivre et transmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle ».

Lucie et lui incarnaient l’image de la Résistance. Pendant des années, même très âgés, ils se sont rendus dans les collèges et les lycées pour témoigner, pour qu’on n’oublie pas.

Aujourd’hui, Lucie et Raymond Aubrac ne sont plus là pour témoigner, pour dire que c’est important de lutter contre les idées de haine entre les peuples, que c’est important de défendre les conquêtes de la Résistance française.

Lucie et Raymond Aubrac ne sont plus là pour témoigner. C’est aux élus, aux enseignants, aux adultes, de transmettre le message aux jeunes générations.

C’est à vous de jouer, Mesdames, Messieurs, pour que vivent la liberté, l’égalité, la fraternité.

Vive la République !

Vive la France !

 Michel Hermant